Robert Capa
Pure Malt et brelan de trèfles.
Août 1951 : Robert Capa moissonne à Deauville.
Quand il posait ses appareils photos, le correspondant de guerre le plus célèbre du XXe siècle aimait à écrire. En témoigne son seul livre : Slight of Focus paru aux Etas unis en 1947. A partir de 1948, devenu, momentanément, correspondant de paix, Robert Capa collabore régulièrement à Holiday magazine, une revue américaine de tourisme et de voyage. En 1951 son rédacteur en chef lui commande un reportage sur Deauville. Il y séjourne 2 semaines et en rapporte 850 clichés et un article de 14 feuillets.
Avec la parution de Slight of Focus, recueil de souvenirs très personnel où il relate son légendaire périple au cœur de tous les grands rendez-vous de la seconde guerre mondiale, Robert Capa s’affirme, avec un réalisme léger et plein d’humour, comme un journaliste et un chroniqueur au style très personnel. Un an plus tard, Holiday magazine, qualifié par certains de « Bible sur papier glacé de la jet set américaine », l’envoie en reportage à Deauville puis à Biarritz. Au-delà des photographies, il doit aussi écrire le texte. Au plus fort de la saison d’été il vient à Deauville, en train, à bord de la Micheline de l’époque. Son séjour, du 7 au 20 août 1951, l’inspire. Il en ramène plus de 800 photographies en noir et blanc et une cinquantaine en couleurs.
D’emblée il évoque le site et son offre touristique : « …Deauville est une petite ville, blottie entre une charmante colline très verte et la plage. L’Avenue de la République coupe en deux parties égales, cette ravissante boîte à fleurs. A gauche : les écuries, les champs de course et le terrain de golf sur la colline ; A droite : les hôtels, les restaurants, les boîtes de nuits, les villas, le casino et la plage. Au-delà de la mer et des attraits naturels de la belle et opulente Normandie, Deauville offre en août : deux jours de soleil sur sept, un tournoi de tennis pour les cracks, un tournoi de golf pour les moins bons, un concours de la chanson pour les ambitieux, un tir au pigeons pour ceux qui aiment les jeux de plein-air, et un casino pour attraper les pigeons, qui aiment les jeux d’intérieur. »
Attentif à Deauville et aux populations qui s’y croisent, Robert Capa observe, décrit, saisit, relate ses rencontres et ses conversations avec François André (le Directeur du Casino et des grands Hôtels de Deauville), les garçons d’ascenseurs et les spécialistes en « tuyaux » hippiques…
Robert Capa, porte en bandoulière ses trois appareils et ne se départit jamais de son regard amusé : « le casino de Deauville ressemble à un énorme éléphant blanc, sa bouche est ouverte du matin jusqu’au matin. Une fois que vous entrez (pour un peu moins de cent francs) vous êtes invité à gravir un escalier de marbre, recouvert d’une épaisse moquette. En haut des marches vous êtes accueillis par deux souriantes religieuses qui vous tendent deux plateaux d’argent. Espérant que cela vous portera chance, vous doublez la mise et déposez deux cent francs dans les sébiles. ».
Les photos de Robert Capa restituent les populations variées des planches et des courses et ceux que Jacques Brel chantera, plus tard dans « Les paumés du petit matin ».
Sur Les Planches il porte autant d’attention aux jeunes femmes assoupies dans les Rockings chairs du Bar du Soleil qu’aux familles, modestes, venues s’allonger sur le sable ou ramasser des moules sur la plage. Aux courses, il photographie, comme nul autre, et au plus près, les visages des spectateurs emportés ou anxieux, crispés sur leur programme et leur ticket de parieur. Sur le cliché le plus connu de ce reportage Il réalise sans le savoir un portrait de Ralph B. Strassburger, propriétaire de la plus célèbre villa de Deauville. Celui-ci a plaqué ses jumelles au visage, comme un masque.
Les photographies de Robert Capa sont les seules, connues à ce jour, qui témoignent des fins de soirées du casino quand à partir de deux heures, « Les gagnants et les perdants se retrouvent ensemble pour finir la nuit au Brummel. » Sur l’une de ces photographies Joseph Kessel, la chemise largement échancrée, montre à tous les danseurs et musiciens qu’en ce petit matin, il lui reste encore assez d’adresse pour boire, sans les mains, un verre de vodka posé sur un violon.
Robert Capa aime les jolies femmes, le whisky, les nuits blanches, les longues parties de poker et les courses de chevaux… Durant deux semaines Deauville va combler toutes ses passions.
Le reportage réalisé lors de l’été 51 paraît en septembre 1953 aux Etats-Unis.
Huit mois plus tard, le 24 mai 1954, Robert Capa meurt, en Indochine, en posant le pied sur une mine. Il avait 40 ans.
Philippe Normand
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Dans le cadre de "Le Havre un été passionnément France" et "Deauville passionnément Normandie"













