ET VOUS » LES HOMMES ET LES FEMMES

Jean Patou

Le chic des planches

En 1924, Jean Patou, couturier et parfumeur des années 20, connu pour être aux yeux des américains « l’homme le plus élégant d’Europe », ouvre à Deauville une succursale de sa maison de couture parisienne.  « Le pavillon des bains », boutique éphémère située à deux pas de la mer, n’ouvre qu’en saison. Elle est pour le célèbre couturier, une vitrine de cette mode sportive lancée avec succès quelques années plus tôt.

De la rue St Florentin au casino  de Deauville
Jean Patou s’est fait connaître par le lancement en août 1914, au 7 rue St Florentin à Paris, d’une maison de couture qui porte son nom. Mais la déclaration de guerre et son départ pour le front, diffèrent de quelques années son goût pour la mode féminine. Une parenthèse de cinq années qui le pousse, aussitôt rentré du Front d’Orient, dans une recherche indéfectible du beau, par amour des femmes et du temps présent.

Car Jean Patou (1887-1936) est un homme moderne. Habitué du casino de Deauville dont sa présence silencieuse à la table de jeux en compagnie d’André Citroën ou de Charles Hennessy fait le bonheur des chroniques mondaines, il n’hésite pas à faire la route, depuis Paris, au volant de sa luxueuse voiture de sport, une Farman, bolide décapotable qu’il conduit en gants et casque de cuir. A Deauville, toujours, on le croise en terrasse du bar du Soleil, pantalon clair de gabardine, chaussures bicolores, chemise blanche et cravate rayée sous un simple cardigan de cachemire. Une version masculine du « sportswear » tel que propulsé par lui et ses confrères en ce début des années 20. 

Sportswear et fume-cigarette
« Jean Patou ouvre un rayon sports. Organisation unique pour vous renseigner, Madame, sur tous les sports et la façon de s’équiper », peut-on lire dans la presse, dès février 1925, lorsque le couturier propose dans sa maison de haute couture, un rayon spécialisé, « le coin des sports ». Jupes, robes, manteaux, foulards, ceintures, chemises, cravates ou sweaters, tous les vêtements sont sur-mesure et taillés dans une maille souple et confortable qui autorise une nouvelle liberté de mouvements. Sur toutes les pages des magazines s’affiche ce nouveau visage de la femme des années 20 : juvénile, cheveux raccourcis, le pas libéré de l’entrave d’une jupe longue et la taille de celle du corset, elle ne sort jamais sans son fume-cigarette le soir ou son lévrier l’après midi. Femme moderne dans un monde en devenir, elle découvre ses jambes sur la plage dans des maillots d’une seule pièce qui chez Patou, font se côtoyer le jersey et le taffetas, pour toujours plus d’élégance. Le couturier appose ses initiales sur ses vêtements, médaillon ciglé JP et coup d’éclat marketing avant l’heure qui fait de son nom une marque. En 1927, Jean Patou lance sur le marché la première huile solaire qui brunit instantanément les peaux. « L’huile de Chaldée », un immense succès qui survivra à son créateur trop tôt disparu, emporté avant son cinquantième anniversaire d’une crise d’apoplexie.
Elégamment, comme toute sa vie, dans son appartement du Georges V à Paris, le 8 mars 1936.

Emmanuelle POLLE