John Batho

Photographe

"Deauville, une lieu unique où la lumière joue un rôle essentiel"

Né en 1939, en Normandie, John Batho commence à photographier en 1961. Au-delà du factuel et du sujet, son œuvre se fonde sur la couleur, sur son pouvoir d’attraction, sa spécificité, sa manière de perturber ou de surprendre la perception. La couleur n’est pas vraiment saisie, elle saisit plutôt celui qui la regarde. Originale, elle ne se réduit pas à l’image d’elle-même. Elle se photographie pourtant, le photographe en rapporte les effets, en prolonge la vibration. John Batho a mis à profit l’invention de l’impression numérique. Sa liberté, sa précision lui ont permis, dès 1993, de développer son œuvre et de parfaire ses travaux précédents.

Dès 1977, John Batho commence à photographier les parasols de Deauville, à une époque où le Noir et blanc dominait la production photographique exposée dans les musées. Le photographe est alors en pleine recherche et en quête de « lieux de couleurs ». Il veut inscrire la couleur pour « ce qu’elle est », « une donnée constitutive et constructive de l’image photographique ». La plage de Deauville s’impose. « Je ne connais aucune autre plage où l’ordre de la couleur est aussi présent en étant répartie de manière aussi aléatoire. » En gros plan, en fragments en les alignant, il en restitue les formes et les variations de couleurs avec une sensibilité unique et des principes de séries. Pour la première fois, durant l’été 2015, la première rétrospective des parasols de John Batho donnait à voir une quarantaine de ses œuvres chatoyantes en grand format, toutes réalisées à Deauville.

Pour John Batho « photographier ces parasols, leurs formes et leurs couleurs, c’est tenter de restituer comment s’organise l’architecture de la couleur dans l’espace. C’est construire des rythmes de couleurs et les partager sur un mode joyeux,  en retrouvant la même spontanéité que susciterait une boite de peinture renversée sur la plageLes parasols de Deauville ont été photographiés de façon épisodique durant de nombreuses années, raconte-t-il. Mon propos n’est pas lié à une préoccupation iconographiques : les parasols sont un motif qui, constamment repris, permet d’éprouver le regard. Affronter un sujet comme celui-là oblige à penser à ce que qui surprend encore, à réfléchir au désir d’ajouter, de photographier encore, alors qu’à priori il paraît toujours le même. C’est une réflexion sur l’insistance de la perception, sur les variations de la lumière, sur les imprévus du motif, sur l’étonnement de rencontrer ce qui n’avait pas encore été vu.  L’attention à l’architecture des formes et des couleurs dans l’espace m’a conduit à interroger la photographie comme sujet en soi. Je me suis alors préoccupé de la matérialité de l’image, recherchant un toucher des yeux pour cet art que l’on dit sans matière, interrogeant sa capacité à restituer la tactilité des toiles et du sable, le lissé du ciel, selon les heures et les jours, dans la fine lumière d’un bord de mer baignant le tout. »