Xavier Bohl

Architecte & urbaniste de la Presqu'île

La Presqu'île à un supplément d'âme

Xavier Bohl est l’architecte de cohérence de l’aménagement de la Presqu’île de la Touques. Son atelier prône une architecture douce qui prend en compte le contexte humain, historique et la singularité d’un lieu. Il développe cette conception en France comme à l’étranger sur des projets d’architecture et d’urbanisme, souvent liés à la proximité de l’eau : marinas, projets touristiques et portuaires, nouveaux quartiers durables… Son cabinet a notamment été remarqué pour le renouvellement urbain de la Cité Jardins du Plessis Robinson (Grand Prix pour la meilleure renaissance d’une banlieue urbaine - Prix Européen Rotthier 2008 et Mention Spéciale aux Victoires du Paysage en 2008). Interview.

Quels sont les atouts architecturaux de Deauville ?
Deauville est connue pour beaucoup de raisons, entre autres, pour son architecture néo-normande qui s’inscrit dans la tradition du Calvados. Ce style est mis en exergue partout dans la ville : la mairie, de nombreuses villas… il signe l’architecture de Deauville dès l’arrivée du visiteur, puisque la gare en est un exemple significatif classé aux Monuments Historiques…
La Presqu’île bénéficie d’une inspiration néo-normande marquée, mais sans clichés stéréotypés. On y retrouve la brique, la pierre de taille, des pans de bois, la tuile, l’ardoise, de grandes loggias, des gardes corps ajourés, des frises… Nous y proposons aussi une architecture séquencée et sans monotonie. Ce renouvellement urbain, tel que la Ville l’a voulu, s’inscrit aussi dans une philosophie d’intégration avec l’existant, sans brutalité.

Comment faire de la Presqu’île un quartier de Deauville à part entière ?
C’est vrai, la Presqu’île a des allures de bout du monde… L’enjeu de sa renaissance est bien de lui donner le statut d’un quartier relié et perméable tout en lui conservant son âme et en renforçant son caractère. Le bâtiment des douanes est conservé ainsi que des façades industrielles sur le quai de la Touques et la rue Thiers. Pour devenir un quartier à part entière, la Presqu’île s’ancre dans son histoire tout en construisant l’avenir. Elle demeure le lieu d’une transition naturelle entre la ville et la mer.
Le plan masse de conception initiale est entièrement respecté pour préserver le charme du lieu. Pour les Deauvillais, ce sera un nouveau lieu de vie avec des restaurants et des boutiques, mais ce sera aussi un lieu de promenade qui conservera son caractère naturel, à pieds ou à vélo, car les modes de déplacements doux y seront privilégiés.


Comment s’intègrent les bassins dans ce renouvellement ?
Pour structurer l’espace et offrir plus de lisibilité à la Presqu’île, nous avons imaginé d’ériger, entre les deux bassins, une véritable « porte de la mer ». Elle se compose de deux tours de 28 mètres de haut, l’une d’elle sera un belvédère, ouvert au public, offrant un point de vue inédit. Elles seront l’emblème de la Presqu’île ! Visibles de loin, elles renforcent la présence des bassins et du nouveau quartier dans la ville. Une passerelle et de nouveaux bâtiments publics à vocation maritime (le yacht club et les bureaux du port) finiront de signer le caractère maritime du lieu.

Quelle sera l’ambiance dans ce futur quartier ?
Le centre-ville, les planches… montrent le visage sociable de Deauville. La Presqu’île, avec ses arbres, ses herbes folles, ses embruns, le rythme des marées… en présentera aussi le visage naturel.
Savez-vous que sur les 14 hectares de la Presqu’île, on trouve 35% d’eau et que 3 hectares seulement seront bâtis ! Ce qui veut dire que 45% de la presqu’île est vouée à la nature et à la promenade, ce qui est énorme ! Elle montrera 2 visages : une façade civilisée sur le quai de la gare et une façade sauvage sur la rive de la Touques. Cet aménagement prend en compte des rythmes climatiques et l’orientation solaire : verdoyant au nord de l’eau (quai de la marine, rive de la Touques), ensoleillé et minéral au sud (quai de l’Impératrice Eugénie). Les pénétrantes sont améliorées depuis le parvis de la gare, avec le quai de la Touques, la rue Thiers et la nouvelle traverse de l’horloge. Tout cela donnera à la Presqu’île une dimension très humaine ; l’architecture viendra structurer le quai et le bassin. L’esplanade du côté de l’entrée principale de la ville sera complétement libre, ce qui offrira une perspective sur le bassin.

Quel est votre rôle dans la cohérence générale du projet ?
Les constructions ne doivent pas se juxtaposer dans le désordre ! Mon rôle est celui d’un chef d’orchestre. Notre Atelier a dessiné le plan de masse initial qui définit la composition urbaine. A partir de là, nous avons collaboré pour garantir la cohérence des espaces publics et je suis, en outre, l’architecte de certains projets : la résidence de tourisme Pierre et Vacances, le bâtiment des douanes, les futures tours maritimes… Concernant les autres parties, mon rôle est de superviser les permis de construire pour conserver le vocabulaire architectural et garantir, avec l’Architecte des Bâtiments de France et la Ville, une vision d’ensemble.

Vous vous plaisez à comparer Deauville et Saint-Tropez…
Je suis un méditerranéen qui est tombé littéralement amoureux de Deauville lorsque je l’ai découverte en 1975 Je n’ai pu m’empêcher alors de faire le parallèle avec Saint-Tropez. Toutes deux sont des petites villes célèbres à dimension internationale. Ce qu’elles ont en commun ? Leur situation exceptionnelle, le glamour, la douceur de vivre, la connivence avec les artistes, la gastronomie et une belle tradition architecturale régionale…
Quel est votre sentiment sur l’avancement de la Presqu’Ile ?
Je suis très heureux de la tournure générale du projet : la passerelle, les jardins, les voiries prennent maintenant forme, elles concrétisent une vision que nous avons eue avec la Ville, voilà maintenant 10 ans, et cela, sans aucun dérapage ! Aujourd’hui la Presqu’île vit sa métamorphose et tient toutes ses promesses."