JOSEPH KESSEL

Ecrivain

Joseph Kessel (1898 - 1979), écrivain et  journaliste fut un homme de passions. A l’âge de 29 ans, il a connu, l’étourdissement et le vertige, propres aux joueurs des casinos. Une plongée dévorante, sans autres limites  que l’attente irrationnelle de gains, qui ne viennent jamais…l’aventure se soldera par un dénouement heureux… avec Deauville pour décor.

En 1927 Joseph Kessel  auréolé par le Grand Prix du roman de l'Académie française, remporté l’année précédente avec son roman Les Captifs, est Invité à donner une conférence à la prestigieuse Société des Bains de Mer de Monaco. La conférence achevée, il file vers Cannes, avec l’intention d’y passer  la soirée et la nuit.

A Cannes, il  se rend au Casino pour jouer avec le montant de son cachet. Au fil de la soirée, qui se prolonge, il joue, rejoue et perd régulièrement le peu qu’il gagne… Une seule  pensée l’obsède : se refaire.  Il joue,  mise sur un numéro, une couleur, passe de tables en tables, de la roulette au baccara et rejoue, encore et encore, avec l’espoir de gagner. Qu’importe, Joseph Kessel rentre à son hôtel et revient le lendemain avec la même  obstination, le même aveuglement. L’aventure va durer dix jours. Dix jours d’une plongée enivrante et d’une fuite en avant, durant lesquelles Joseph Kessel perd toute notion et ne se fixe aucun garde-fous. La note s’allonge au fil du séjour. Elle finit par atteindre 300 000 F. Une  dette de jeu, abyssale à laquelle, s’ajoutent les 14 000 F réclamés par la réception de l’Hôtel.

Au soir du dixième jour, le chef-caissier du casino lui refuse un nouveau chèque, « La consigne vient de Monsieur  André », précise t’il.  François André (1885-1962), est  le propriétaire des Hôtels et casinos de Cannes, de Deauville et de la Baule. Joseph Kessel , invité à le rejoindre dans son bureau, tente de négocier une nouvelle avance. François André reste inflexible. « …Je vous ai observé et je me suis renseigné. Vous savez, Je ne prête pas 300 000 F à n’importe qui. Parce que vous me devez 300 000F, Monsieur Kessel ! Maintenant écoutez moi. Vous m’êtes sympathique. Je n’ai pas lu vos livres…mais je connais les hommes. Vous êtes terriblement joueur. Il était bon que vous fassiez une expérience qui vous mène au bord du gouffre. Vous y êtes. Il me suffirait de mettre vos chèque à l’encaissement dès demain et … Mais, rassurez vous je ne vous réclame rien. En tout cas, pas tout de suite. J’ai le sentiment que vous allez pouvoir me rembourser avec ce que vous rapportent vos livres. Je préfère que vous n’alliez pas jusqu’au point de non retour et je vous ai préparé un échéancier. » Joseph Kessel sort du bureau, humilié, mais préservé et débiteur d’un échéancier de 120 mensualités. Dix ans de remboursement, pour régler une dette contractée en dix jours ! 

Le Lendemain, de retour à Paris, Kessel se rend à la Préfecture de Police et demande à être interdit de jeu pour vingt ans. En 1937, la dette est acquittée et  Joseph Kessel  a gagné l’amitié de François André. L’Empereur des jeux est un prince, il lui ouvre désormais ses hôtels et restaurants. Devenu « invité permanent  de Monsieur André », Joseph Kessel  va fréquenter chaque année, les trois palaces de Deauville ; L’Hôtel du Golf, Le Royal et surtout le Normandy. Jusqu‘au milieu des années 70, Kessel, la cinquantaine ne flambe plus autour des tapis verts. il s’abstient de jouer, se baigne par tous les temps et savoure ses séjours avec  passion, tandis qu’il devient  l’une des figures de Deauville… et qu’il en est aujourd’hui l’un des fantômes des plus attachants.