Yves Petit de Voize

Directeur artistique du Festival de Pâques de Deauville

Les musiciens du Festival de Pâques : "pur-sang de la double-croche !"

Fondateur avec Roger Godino de l’Académie Festival des Arcs en 1972‚ Yves Petit de Voize a dirigé de nombreux festivals et saisons musicales : Royaumont‚ Fondation Maeght‚ Saint-Maximin‚ Théâtre de l’Épée de Bois‚ Biennale de la Musique de Lyon. Rédacteur en chef du magazine Diapason‚ vice-président de Radio Classique‚ directeur artistique du Festival de Montreux‚ il fonde en 1997 les festivals de Pâques de Deauville et de Cordes-sur-Ciel où ont été révélés des solistes tels que Renaud Capuçon‚ Jérémie Rhorer‚ Jérôme Ducros‚ Jérôme Pernoo‚ Nicholas Angelich‚ Bertrand Chamayou‚ Jonas Vitaud‚ Julien Chauvin, dans toutes les formations de la musique de chambre.

Conseiller musical de la Fondation Singer-Polignac, lieu extraordinaire où s’est écrit l’histoire de la musique du XXe siècle, Yves Petit de Voize en conduit la politique d’accueil et de promotion des jeunes artistes. C'est ici qu'il prépare chaque année le rendez-vous pascal qu’il a fondé en 1996 à Deauville : le Festival de Pâques. "Mon meilleur souvenir du festival, c'était lors de la première édition : nous avions débarqué à Deauville avec une soixantaine de musiciens pour créer un orchestre absolument phénoménal avec des gens qui étaient tous de grands solistes. Nous avions constitué un orchestre comme il n'en avait jamais existé en France, avec le chef d'orchestre Emmanuel Krivine, la grande pianiste Maria João Pires. Cet orchestre a défrayé la chronique parce qu'il était constitué de soixante stars de la nouvelle génération !", se souvient Yves Petit de Voize. "Après cela, l'orchestre s'est désossé en sept ou huit concerts. Nous avons passé dix jours à Deauville, à découvrir la salle Elie de Brignac, qui sentait encore le cheval [l'établissement, idéalement accordé à la musique de chambre, est par ailleurs le fief de la vente de yearlings à Deauville depuis 1986], à décrouvrir la ville, à arpenter les Planches... Tout cela, en compagnie des amis de Philippe Augier [le maire de Deauville], Bruno Mazure et Patrick Poivre d'Arvor qui nous ont appelés les pur-sang de la double-croche ! Ce fut la première année, pionnière, de décrouverte, entre soleil et musique, et tout ce que Deauville offre aux gens. Et cela dure depuis vingt ans !"

Trois générations d'artistes ont grandi avec le Festival de Pâques, dont la vocation première est de faire émerger les jeunes talents. Loué par tous, l'esprit du festival, à la fois enthousiaste, joyeux et travailleur, compte autant que sa programmation, qui donne à écouter des chefs-d'oeuvre mais aussi des oeuvres plus rares du répertoire. "Le festival de Deauville, c'est d'abord plein de copains musiciens liés par cette joyeuse aventure normande. Ce sont les bains de minuit, les courses, les récits romancés d'Yves, les fous rires avec Monsieur le maire", raconte le contrebassiste Yann Dubost. Pour David Kadouch, pianiste, le festival de Deauville est "l'un des premiers à lui avoir fait confiance. Celui qui lui donne une totale liberté dans ce qu'il souhaite entreprendre" ; c'est "cette famille qui se réunit une à deux fois par an [durant Août musical] pour faire de la musique près de la mer".

Bon nombre d'artistes en devenir dont Yves petit de Voize a décelé le potentiel ont d'abord participé au Festival de Pâques de Deauville, avant d'occuper les premiers rangs de la notoriété. A l'origine, Renaud Capuçon, Nicholas Angelich, Jérôme Pernoo et Jérôme Ducros, cofondateurs du festival, ont souhaité "fonder une maison commune où jouer entre amis toute la musique de chambre associant cordes, vents, voix, claviers et percussions. Du trio à la symphonie de chambre, et de Bach à Ligeti", rappelle Yves Petit de Voize. Depuis 1997, forts de cet esprit de cooptation, un kyrielle de jeunes instrumentistes s'y est révélée, adoubée par des aînés toujours bienveillants. De nombreux ensembles s'y sont en outre imaginé, comme le Cercle de l'Harmonie.